vendredi 10 juin 2016

Tourisme à Napurak

Avant toute chose, sachez que la malédiction sur la pêche dont je me suis plaint dans le post précédent a été levée. Soit que le mort n’ait pas réussi à me suivre en Amazonie, soit que, lui-même charmé par les lieux, il ait décidé de me laisser enfin attraper quelques poissons :





Il s’agit de différentes espèces de silures pêchés avec un fil, un hameçon, des lombrics, des grillons et une machette.

Silures amazoniens, Napurak, Pastaza, Equateur








Vous souhaitez vous aussi d’apprendre à pêcher le silure au grillon et à la machette ? Ça tombe bien, les gens de Napurak rêvent d’accueillir des touristes ! Napurak, c’est une petite communauté qui regroupe sept familles Achuar en Amazonie équatorienne, au bord du rio Pastaza (j’en parle dans ma BD Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros ).

Du tourisme, me direz-vous, mais ne vaudrait-il pas mieux laisser ces braves indiens tranquilles ?

Il vaudrait sans doute mieux, en effet, mais cette option n’est pas vraiment envisageable. Deux routes s’approchent du territoire Achuar et le gouvernement projette d’y exploiter le pétrole. On dit en Équateur que les Achuar sont en mesure de résister, grâce notamment à leur puissante organisation (la NAE). Mais, pour résister, encore faudrait-il qu’ils soient unis, ce qui est loin d’être le cas. Beaucoup rêvent de voyager et d’envoyer leurs enfants étudier en ville. Pour obtenir les fonds nécessaires, certains se disent que travailler dans une compagnie pétrolière est une bonne idée. Ceux qui sont le plus farouchement opposés aux routes et au pétrole sont souvent ceux qui ont eu l’occasion de sortir de leur forêt et de constater, par exemple, l’effet de la route sur leurs cousins Shuar (d’autres jivaros qui sont passés en quelques années du statut de redoutables chasseurs de tête à celui de paysans pauvres et méprisés) ou celui du pétrole sur les Achuar du Pérou. Le tourisme est la seule option qui leur permettrait de rester maîtres de leur destin. Pour que cette voie les mette d’accord, il faudra que les revenus générés soient correctement répartis entre les différentes communautés. D’où le projet d’une expérience à Napurak, qui pourra ensuite servir d’exemple.

Il y a par ailleurs déjà une adorable petite maison prête à vous accueillir, avec une vue imprenable sur le Pastaza, où vous pourrez vous endormir bercés par le doux ronronnement du jaguar :

Maison accueil touristes dans la communauté Jivaros Achuar de Napurak. Vue sur le Pastaza













A l’origine c’était une remise, mais une fois construite ils se sont aperçus qu’ils n’avaient rien à remiser. Ils sont donc en train de la transformer en maison pour les visiteurs, en l’agrémentant de lits, de fenêtres et d’une terrasse sur pilotis avec hamacs en fibres de palmier.

A Napurak, il y a aussi des couchers de soleil et des enfants photogéniques :

Pastaza, Peintures faciales Jivaros Achuar

Ainsi que de la nourriture en abondance : 


Larves de palmier puntish















La nourriture, il faut le reconnaître, coïncide pour l’instant mal avec les canons occidentaux, mais il y a du potentiel :




basilic dans les jardins jivaros
En plus du basilic, nous avons découvert dans les jardins de Napurak de la coriandre, des citronniers, du gingembre, du piment et une plante forestière au fort goût d’ail. Hormis les citronniers dont ils ne font rien (ce sont les missionnaires qui les ont plantés en espérant que les Indiens se mettraient à boire de la limonade à la place de la bière de manioc), les autres plantes remplissent des fonctions diverses, mais jamais culinaires. Pour obtenir des plats légèrement plus conformes à nos goûts et dans la perspective d’accueillir des occidentaux, nous avons par exemple essayé de garnir d’ail, de coriandre et de citron le ventre des petits poissons-chats cuits en papillotes de feuilles. Et pour agrémenter leur écrasé de bananes vertes, nous avons fait du lait de coco et confectionné une sauce avec de l’ail, du gingembre, de la coriandre, du citron et du piment. 



relativisme culturel du goût
En plus d’être beaucoup moins cher que tous les tours ringards en Amazonie, votre séjour à Napurak sera autrement plus palpitant : vous pourrez petit déjeuner sur votre terrasse des caïmans au basilic que vous aurez vous-même harponnés la nuit précédente, vous apprendrez à pêcher au poison végétal, à repiquer le manioc ou à repérer les meutes de pécaris à l’odeur. Vous pourrez aussi, assis au coin du feu pendant les heures qui précèdent l’aube, apprendre à interpréter vos rêves et répondre aux questions pressantes des Indiens concernant votre pays d’origine, sur la taille des jardins, les relations de couple ou le prix de la viande de singe.

Bref, si vous ne savez pas quoi faire de vos prochaines vacances, n’hésitez plus. Vous pouvez me demander les détails via ce blog et si c’est possible je me ferai un plaisir de vous accompagner.




6 commentaires:

  1. ah c'est tentant...
    et les enfants adoreraient (va falloir juste être un peu persuasif pour les larves).

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    1. Il y a des activités prévues pour les enfants, comme la pêche à la machette en eaux peu profondes. Je peux vous envoyer des photos.

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  2. Si on emmène la belle mère, on peut avoir une réduction de tête avec un certificat d'authenticité ?

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    1. Les Achuar ne réduisent plus les têtes depuis longtemps, mais on peut organiser quelque chose chez les Shuar. Par contre il faut savoir que le processus traditionnel prend une année.

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  3. Bonjour, si votre proposition n'est pas une blague, je veux bien plus de détails pour venir rencontrer les Achuar.

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    1. Bonjour,
      c'est très sérieux. J'y serai en août de cette année puis à partir de juin 2017. Mais vous pouvez aussi y aller sans moi. Vous pouvez m'écrire à pignocchi@hotmail.fr pour les détails.

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